Voici le courrier adressé à Jack Lang par les associations arméniennes de France.
Monsieur le Député,
Nous sommes extrêmement surpris et choqués par les propos que vous avez tenus lors des débats « Liberté pour l’Histoire » animés par Pierre Nora à Blois, repris récemment par le site « Turquie européenne » (cf. texte ci-joint).
En effet, vous semblez vous être livré à un incroyable mea culpa, de manière désinvolte, sur une question aussi sérieuse que le génocide arménien de 1915, reconnu par la France avec une loi, promulguée le 29 janvier 2001 par le Président de la République Jacques Chirac et le Premier Ministre Lionel Jospin.
Alors que vous avez été l’un des artisans de cette loi, que vous avez participé à des colloques et réunions en sa faveur, que vous avez multiplié les interventions et déclarations pour le vote de ce texte et stigmatisé le Sénat qui semblait tarder à le voter, vous faites volte-face et dites à Blois tout à fait le contraire de vos positions et engagements que nous croyions jusqu’alors sincères. Ainsi, « vous vous considérez deux fois coupable d’avoir voté cette loi sur le « entre guillemets génocide arménien » parce que vous étiez député et président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée Nationale ».
Quel dommage que vous n’ayez pas ajouté que c’était aussi en tant qu’être humain épris de justice et de vérité comme vous le disiez aussi il y a encore quelques années.
Vos propos et positions actuels sont inacceptables et relèvent de la pure négation d’un génocide, d’un crime contre l’humanité. Que diriez-vous si un autre responsable politique venait à déclarer qu’il regrettait d’avoir voté la loi Gayssot de 1990 s’agissant de la pénalisation de la négation de la Shoah ?
Que répondriez-vous à cet individu qui dirait qu’un tel texte « permet la poursuite pénale des historiens, contre des personnes, contre des citoyens, contre des journalistes, qui entreprendraient de discuter, de s’interroger sur l’ampleur, sur la réalité, sur la forme des massacres» ? Vous seriez, comme nous, indigné par de tels propos et attitudes, les condamneriez et demanderiez que comme le racisme et l’antisémitisme, le négationnisme soit considéré comme un crime dans notre République qui a ses valeurs et principes à la fois universels et humanistes.
Dans vos propos, non seulement vous faites de la Shoah un cas à part, en précisant que sa négation doit être condamnée, mais vous marquez votre réserve, voire votre hostilité à tout ce qui concerne la négation du génocide arménien que vous qualifiez de « deuxième loi sur l’Arménie » alors qu’il s’agit d’une loi qui concerne la société dans son ensemble et la lutte contre le négationnisme.
Je tiens donc à appeler votre attention sur le caractère inadmissible de vos propos et insiste sur leur totale contravention avec la loi précédemment citée et votée à l’unanimité par la représentation nationale –vous étiez alors ministre de l’Education nationale- et promulguée au Journal Officiel, depuis huit ans.
Les mots et phrases que vous employez constituent une véritable offense à la mémoire des 1.500.000 victimes de ce génocide reconnu y compris par les instances internationales et européennes comme l’ONU, le Parlement Européen et une atteinte à la dignité de leurs descendants que nous sommes. Ils sont également une insulte à la mémoire de l’Humanité. Les Français d’origine arménienne pensaient qu’avec une loi de la République Française et toutes les dispositions en Europe ou ailleurs, le souvenir et la vérité historique triompheraient de décennies de silence et de complicité avec un Etat, encore aujourd’hui négationniste. Force est de constater que vous semblez vous orienter, désormais, sur une voie différente, celle de la realpolitik et du cynisme qui peut la caractériser.
C’est pourquoi, il nous parait hautement souhaitable que vous apportiez des explications claires et précises sur vos positions, et que puisse cesser cette présentation offensante, et contraire à la réalité, à l’objectivité et aussi et surtout à la morale que vous invoquiez souvent lors de vos interventions.
Lorsque l’on évoque un génocide qui a eu lieu, on ne saurait faire subsister le doute, mettre le mot entre guillemets ou bien en parler avec désinvolture. Nous ne saurions accepter une telle situation.
Enfin, je vous informe que ce courrier est également envoyé pour information à Mme Martine Aubry et M. François Hollande, respectivement actuelle et passé premier secrétaire du Parti Socialiste à M. Jean-Marc Ayrault, Président du Groupe Socialiste à l’Assemblée Nationale ainsi qu’à Mme Catherine Génisson, Première Secrétaire de la Fédération PS du Pas de Calais. Le contenu de ce courrier sera rendu public ainsi que la réponse que vous nous ferez.
Dans cette attente, je vous prie de croire, Monsieur le Député, à l’expression de mes sentiments distingués.
Alexis GOVCIYAN
Président du CCAF (Conseil de coordination des organisations arméniennes de France)
Paris, le 28 janvier 2009